Inextricable équation aquatique
Les Nations Unis publient aujourd’hui un rapport mondial sur les ressources en eau. Si depuis quelques années déjà personne ne s’attendait de franches bonnes nouvelles à cette occasion, cette édition prendra pour la première fois la forme d’un réel cri d’alarme et d’un appel à l’action. Ce qui pour l’ONU est déjà ce qu’on peut appeler une position extrême …
Nous sommes depuis longtemps habitués aux scénarios catastrophe. Nous n’allons pas redresser le tableau noir exposé dans ce rapport à grands coups de pénuries, conflits potentiels et autres pandémies (dans les pays en développement, 80% des maladies sont liées à l’eau) … Mais ce qui frappe, à la lecture de certains éléments, est l’extrême complexité d’un casse tête écologique mondiale entièrement bâti sur le principe des vases communicants et la sensation de vanité de toute solution envisagée.
Car aujourd’hui, si l’on considère que chaque année, 80 millions d’être supplémentaires viennent se serrer sur notre belle planète et qu’on estime que les besoins en eau augmentent dans le même temps de 64 milliards de m3 (je vous laisse faire le ratio), seul 10% sont consacrés à la consommation humaine directe. Le reste se répartit entre agriculture et industrie. Il faut par exemple savoir que la production d’un kilo de blé nécessite entre 400 et 2000 litres d’eau (en fonction de la région du monde et du type de culture). Un kilo de viande quant à lui engloutit entre 1000 et 20 000 litres. Pas besoin d’inclure dans l’équation les problème liés aux engrais où autre pollution potentielle, plus médiatisés, pour déjà être pris de vertige en calculant le nombre de bidons nécessaires pour nourrir nos prochains nouveaux venus (même gavés aux produit bio).
En cette période où les constructeurs automobiles font démonstration de toute leur énergie pour se racheter une conduite auprès des lobbies écologistes, l’équation est tout aussi retord. La production d’un litre de carburant vert, dont les louanges ont été longtemps chantées et qui devait sauver notre écosystème, consomme 2500 litres d’eau. Autant dire qu’entre les deux notre cœur balance.
Le 16 mars se tiendra à Istanbul le Forum Mondial de l’Eau. On y parlera sans doute des ressources infimes (en comparaison par exemple de celles investies contre les gaz à effet de serre) mobilisées par les gouvernements sur ce front. 15 000 personnes y sont attendues. Au vu des problèmes de vases communicants évoqués , on espère qu’elles ne viendront pas toutes en avion …